L’Université Paris Cité s’engage dans une transformation majeure de ses méthodes pédagogiques grâce à une nouvelle plateforme immersive, à la croisée de la réalité virtuelle, de l’intelligence artificielle générative et des environnements 3D. Ce projet innovant, qui place l’apprentissage expérientiel au centre de la pédagogie universitaire, est dirigé par le Professeur Patrick Nataf, Vice-Président Innovation Pédagogique à l’Université Paris Cité, Chef de service de chirurgie cardiaque à l’AP-HP et co-directeur du pôle « Technologies Immersives » à l’INSERM. Lors du salon MedinTechs le 10 mars dernier, Patrick Nataf nous a livré sa vision et les ambitions de cette plateforme unique en son genre.

Une plateforme interdisciplinaire et complète

Ce projet est né d’une réflexion sur les limites de la formation traditionnelle en santé numérique. Il y a six ans, l’université Paris Diderot avait développé un Diplôme Universitaire « Enseignement pratique pluridisciplinaire de la santé connectée ». Cette démarche s’est poursuivie quelques années après avec la création d’un DU Metaverse en santé. L’idée d’une plateforme immersive s’était en effet imposée alors que le concept de métavers gagnait en popularité. L’université avait déjà expérimenté des immersions en 360° dans des environnements réels et s’est alors tournée vers une approche phygitale, combinant le réel et le numérique. Cette hybridation a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives dans l’apprentissage, en particulier dans le domaine de la santé.

Pour structurer ce projet, trois piliers ont été définis :

  1. Un centre de formation pour enseigner aux enseignants-chercheurs l’usage des technologies immersives.
  2. Une unité de production pour concevoir des contenus pédagogiques immersifs adaptés à différents contextes.
  3. Un centre de recherche dédié à l’innovation pédagogique, pour anticiper les mutations technologiques et proposer de nouveaux modèles d’apprentissage.

Cette plateforme se veut interdisciplinaire, intégrant des expertises variées issues de l’ensemble des disciplines universitaires. « Cette plateforme s’adresse à toutes les disciplines : santé, sciences, sciences humaines, physique, chimie, neuropsychologie… L’objectif est de réunir toutes les expertises pour créer une dynamique collective. » – Patrick Nataf


Des ambitions internationales

Au-delà de la dimension pédagogique, la plateforme vise également à renforcer l’attractivité internationale de l’université Paris Cité. En offrant des environnements d’apprentissage immersifs et hyper-réalistes, l’université se positionne à la pointe de l’innovation pédagogique. Cette stratégie doit attirer des étudiants et des enseignants-chercheurs du monde entier, tout en valorisant le savoir-faire technologique français.

Le développement de la plateforme est soutenu par un financement sur cinq ans couvrant la recherche, la production de contenus et la formation. Ce projet bénéficie également du soutien d’industriels et de start-ups françaises, comme Lynx, qui développe des casques de réalité mixte.

« Nous voulons soutenir la technologie française pour garantir une maîtrise complète de l’environnement technologique et une souveraineté dans la gestion des données. » – Patrick Nataf


L’IA générative au cœur du dispositif

L’un des éléments clés de la plateforme est l’intégration de l’IA générative. L’objectif est de créer une interaction permanente entre les étudiants et une IA capable de répondre à leurs questions, de manière personnalisée et contextuelle. Cette IA, basée sur le modèle du « professeur cloné », pourrait permettre aux étudiants de bénéficier d’un accompagnement en temps réel, accessible 24h/24.

Concrètement, un étudiant en médecine pourrait ainsi simuler une intervention chirurgicale dans un environnement hyperréaliste. Si une complication survient, l’IA proposerait une solution adaptée en s’appuyant sur l’expérience accumulée par le professeur cloné. Cette capacité d’adaptation et de réaction en temps réel permettrait de mieux préparer les étudiants aux situations complexes qu’ils pourraient rencontrer dans leur pratique professionnelle.

« La réalité virtuelle permet de manipuler un modèle 3D du cœur, par exemple. On peut le tourner, observer les rapports anatomiques, simuler une intervention. Ce n’est plus de la théorie, c’est de la pratique directe. » – Patrick Nataf


Vers un apprentissage expérientiel et adaptatif

Ce projet ne se limite pas à une simple amélioration des méthodes pédagogiques existantes : il s’agit d’un changement de paradigme dans la manière d’apprendre. L’apprentissage immersif, associé à l’IA, permet une personnalisation accrue des parcours d’apprentissage. Les étudiants pourront explorer des environnements réalistes et tester différents scénarios en temps réel.

L’université envisage également de développer une bibliothèque de contenus immersifs, alimentée par les enseignants-chercheurs de différentes disciplines. Ces contenus pourraient être adaptés en fonction des besoins spécifiques de chaque faculté :

  • En santé, la plateforme pourrait permettre de simuler des interventions chirurgicales complexes.
  • En physique ou en chimie, elle pourrait offrir des expériences immersives dans des laboratoires virtuels.
  • En sciences humaines, elle pourrait recréer des environnements historiques ou culturels.

Cette capacité à reproduire des environnements réalistes et interactifs ouvre la voie à un apprentissage basé sur l’expérience directe et la résolution de problèmes concrets.


Un projet en construction mais déjà prometteur

Si la plateforme est encore en développement, les premières briques sont déjà posées. L’université a obtenu un espace de 250 m² pour l’installation de la plateforme, qui comprendra une capsule de téléportation, des studios de production et des espaces de travail collaboratif. La mise en place de la plateforme devrait être opérationnelle dans les prochains mois.

Un des principaux défis réside dans l’accompagnement des enseignants. Les jeunes générations sont généralement à l’aise avec les nouvelles technologies, mais il faudra accompagner les enseignants dans ce changement de modèle pédagogique. La formation des enseignants-chercheurs aux méthodes immersives sera donc une priorité pour assurer le succès du projet.

« Les jeunes sont prêts à adopter ces nouvelles méthodes. Le véritable enjeu est de convaincre les enseignants de changer leurs habitudes de formation. » – Patrick Nataf


Ce projet de plateforme immersive marque une rupture dans l’enseignement universitaire. En combinant la technologie immersive, l’IA et une approche interdisciplinaire, l’université Paris Cité se positionne comme un modèle d’innovation pédagogique. Si le pari est ambitieux, il pourrait bien redéfinir la manière d’enseigner et d’apprendre dans les années à venir.